CHRONIQUES ALGÉRIENNES

DILEM? LIBERTE 30/08/2015
DILEM,  LIBERTE 30/08/2015

Vivacité et courage de la presse algérienne qui montre tous les jours à la fois son attachement à son pays et sa critique quelque fois féroce du pouvoir algérien.
L’actualité c’est , à côté de la cris économique, le projet affirmé de création d’un parti politique par les anciens du FIS-AIS. Retour des criminels , comme certains osent le dire? Quelle stratégie du pouvoir.

   Voici le regard du journal LIBERTÉ du 30 août 2015

Parti de Mezrag : la marche vers le “stan”: M. HAMMOUCHE, « contrechamp »

CHRONIQUES DU SHEBASTAN (12)

"Au Yémen les civils paient le prix de l'ingérence saoudienne" LIBERTE Algerie
« Au Yémen les civils paient le prix de l’ingérence saoudienne » LIBERTE Algerie

Après deux mois d’interruption, je reprends ce blog. Surtout pour publier les nouvelles d’Abdelmalek qui nous informe de la souffrance des yéménites pris en otages dans une guerre d’influence. Cette douzième chronique sur le Yémen apporte aussi le regard de la presse algérienne sur la situation dans la péninsule arabique.

Pourquoi faut-il être  géographiquement algérien pour disposer de ce regard critique:

– l’Arabie saoudite , non seulement massacre des civils – ce n’est pas original dans ce monde- mais soutient les Frères Musulmans, dont on sait qu’ils sont le support de l’islamisme radical. La conséquence directe de ces choix stratégiques est la prise partielle d’Aden par … Al Quaida!!

– Je m’interroge légitimement sur les choix de la diplomatie française : on ne peut à la fois lutter en Europe contre le terrorisme des extrémistes de l’Islam et soutenir dans une coalition – dirigée de fait contre l’influence de l’Iran, le plus grand état du Moyen Orient – des états qui arment quasi officiellement le djihadisme.

Il est temps de faire des choix politiques, certes difficiles, mais qui respecteront les valeurs de l’humanisme européen.

Deux lettres de ABDELMALEK:

LES NOUVELLES DE ABDELMALEK À SANA’A AOUT 2015

Deux articles de presse:

du journal LIBERTÉ, Algérie

Yémen : une partie d’Aden tombe entre les mains d’Al-Qaïda: Toute l’actualité sur liberte-algerie.com

du journal Le Monde, france

Riyad se rapproche des Frères musulmans

CHRONIQUES DU SHEBASTAN (11): LA VIEILLE VILLE DE SANA’A BOMBARDÉE

L’irréparable est en train de se commettre: l’Arabie Saoudite a bombardé la vieille ville de San’a.

SANA'A 13 JUIN 2015 AVANT BOMBARDEMENT SAOUDIEN SANA'A 13 JUIN 2015

Abdelmalek nous écrit et nous envoie deux photos: avant, après.

Vous trouverez ci joint les des maisons de la vieille ville de Sanaa avant et après les bombardements Saoudiens qui ont lieu ce matin et récolté les âmes de ses habitants.  Abdelmalek

La cruelle bêtise règne en maîtresse de la folie des hommes et du monde.

CHRONIQUES DU SHEBASTAN (10) Fragile trêve à Sana’a

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Les dernières nouvelles de Abdelmalek à Sana’a:

Chers amis,
C’est le dernier jour des cinq jours de la durée de l’arrêt du feu déterminée par les Saoudiens. C’est à Sana’a principalement qu’on peut parler d’arrêt du feu comme Aden, Taiz et les régions frontalières de l’Arabie saoudite ont continué à vivre la guerre et les bombardements aériens.
La grande bénédiction de cet arrêt à Sana’a est le calme retrouvé. Ici, on se rend compte de l’importance cher de ce calme qu’on aimait qu’il continue et qu’il se propage partout tout au Yémen.
Perdre ce calme dans les heures qui viennent, représente le cauchemar et le souci qui préoccupent tous les gens ici.
Pour les aides et le pétrole, sont-ils arrivés? Pas vraiment. Des files d’attente inimaginables devant toutes les stations d’essence. C’est toujours la galère. Pourtant, le souhait prioritaire, c’est l’arrêt du feu sérieux partout qui doit être observé par des observateurs internationaux. On a besoin des témoins neutres.
Amitiés

CHRONIQUES DU SHEBASTAN (9) Sana’a sous les bombardements

Nouvelle lettre de Abdelmalek, citoyen yéménite, datée du 12/05: SANA’A BRULÉE

La quête de l'eau dans Sana'a bombardée (Le Monde Reuters 11/05/2015)
La quête de l’eau dans Sana’a bombardée ( Reuters Le Monde 11/05/2015)
Chers amis,
Sana’a connaît depuis hier fin d’après midi jusqu’au moment où j’écris ce message les bombardements les plus violents depuis le commencement des attaques saoudiennes: hier on dirait qu’ils ont jeté une bombe atomique sur le mont de Noqim dans le sud est de sanaa, le fait qui a provoqué l’explosion des missiles et des armes qui y étaient stokés. Ceux ci sont tombés sur toute la ville surtout la vieille ville de Sana’a gravement touchée comme elle se situe en dessous de ce mont. Une dizaine de morts sont constatés et les recherches continuent difficilement. La banque du sang qui se trouve pas loin a été détruit.
Mes soeurs et leurs familles se sont réfugiées chez moi. Ils sont arrivés couverts de poussière, les enfants et les mères pleurent.
Ce matin, les bombardements sauvages qui ne se sont cessés depuis hier, se sont approchés du quartier voisin. Là, on étudie les membres de ma famille etudient la possibilité de se réfugier ailleurs. Vite en appelant les amis on se rend compte qu’il n’y a plus d’abri et que tous les quartiers sont touchés.
Ce que les yéménites cherchent le jour que l’Arabie saoudite a déterminé il quelques jours comme le début d’arrêt de feu, c’est un petit arrêt de feu, pour qu’ils puissent enterrer leurs morts et chercher un petit pain pour les enfants qui ont perdu l’appétit et pour qu’ils réalisent qu’il s’agit pas d’un cauchemar.
Amitiés,
ABDELMALEK
Je n’ai pas su lui répondre autre chose que l’on pensait bien à lui…
Que faisons nous, République française dans ce conflit, dont les deux principaux résultats  sont:
1/ les quartiers populaires de Sana’a sont bombardés (au moins 1200 civils tués).
2/ Les saoudiens, (dont le roi renforce le pouvoir de  la police religieuse -Mutawa- et le soutien au Frères musulmans, et qui pourrait prétendre …  à la présidence du comité onusien des droits de l’homme! ) l’Arabie saoudite,  disais-je, va tenter d’éliminer les Houtis, seuls capables de lutter efficacement contre Al Qaïda, que les drones US ne réduiront jamais…
Nous vivons une époque formidable.
A suivre une chronique algérienne: « D’Alger à Téhéran, changeons notre regard sur le monde »

Chroniques du Shebastan (8) ABDELMALEK S’EXPRIME SUR L’INTERVENTION AU YEMEN

peinture de l'artiste yéménite Al Futai 2014
peinture de l’artiste yéménite Al Futai
2014

Ce post se fait l’écho de notre ami Abdelmalek qui s’exprime sur la situation de guerre civile au regard de l’intervention saoudienne, soutenue par les pays « occidentaux ». Je prolonge la lettre de Abdelmalek par un échange avec un ami, expert intervenant de longue date au Moyen Orient, dans lequel nous partageons une vue à contre courant et un peu provocatrice sur les choix géostratégiques, auxquels notre pays participe. Il est temps de regarder les choses autrement. Comme le titre Courrier International, « Faut-il avoir peur de l’Iran? ». Probablement pas, sauf à considérer que la politique des Etats Unis et de l’Europe doit être dictée par les marchands d’armes et par … l’extrême droite israélienne qui fait de l’Iran le bouc émissaire de son incapacité politique à négocier une paix juste avec le peuple palestinien et à permettre au peuple israélien de mener une vie normale.

La lettre de Abdelmalek, datée du 08 avril 2015 et s’intitule:

Sous le bombardements des riches 

C’est la fin de la journée à Sana’a. Je me promène dans les rues de mon quartier où la tempête de poussière qui avait attaquée l’Arabie Saoudite, domine. C’est un peu le désert dans ces rues. Pourtant, on peut trouver quelques enfants qui jouent. C’est l’innocence pure qui n’a aucune conscience de sa réalité sauvage. Tant mieux. Ceux-ci profitent de chaque moment pour remplir leur mission dictée par leur âge sans se poser même une questions sur l’instant suivant qui pourrait être dramatique. Des visages souriants qui cherchent à courir vers l’infini. Des passants traversent le terrain de jeux de ces gamins. Ce dérangement de terrain agasse les petits qui envoient des regards de reproche à des passants quasi aveugles qui portent des visages fatigués et dont les dos sont courbés au maximum possible. Les enfants yéménites veulent jouer. Les passants yéménites crient en silence leur tragédie représentée dans le fait d’être yéménite: S’agit-il d’une malédiction d’être né dans ce pays « maudit »? Songeraient-ils?

                  Je continue à marcher dans ces rues remplies de poussière. J’heurte les regards des gens, des regards intrigués. Je leur souris sans rien dire. Ils me répondent par un sourire humaine profonde, un sourire qui provoque mes larmes malgré moi, un sourire qui me remplit de colère contre la sauvagerie de l’homme, d’autant plus de celle d’un monde moderne qui pense que les droits de l’homme s’arrête aux frontière de ses pays.

                  Tout l’occident moderne, (l’occident des philosophies humaines les plus jolie, les enfants de l’époque des Lumières) sait très bien que la guerre contre le Yémen représente le sommet de l’injustice. Il le sait mais il ferme les yeux pour le pétrole des Saoudiens et afin de créer un nouveau marché pour leur industrie d’armes. C’est un occident qui s’est habitué à fermer les yeux sur l’assassinat des peuples pour les intérêts. Là, je n’entends pas seulement la politique mais j’entend aussi les peuples hypocrites.

                  ô l’occident de l’époque des lumières, ô l’occident des droits de l’homme, Heitler n’est jamais mort. Heitler règne toujours chez vous, il n’a fait que changer sa victime. Vous ne faites qu’approuver la pensée de Nietzche. Vous ne faites qu’enraciner l’image de la jungle. Si mes mots sont blessants pour vous, c’est un bon signe qui dirait qu’un jour vous pourriez être touchés pour les gens qui souffrent à l’étranger et peut-être à cause de la politique de vos pays.

                  Je suis sûr qu’aucun journal dans vos pays de liberté ne peut oser publier ces mots parce qu’ils sont tout simplement écrits par un yéménite, une race inférieure dont le meurtre en masse ne désigne un fait divers pour vous.

                  Tout ce que je viens d’écrire, était inspiré par la tempête de poussière qui règne dans mon quartier. Maintenant, c’est la tombée du soleil. Les enfants souriants, les passants fatigués et moi furieux, on est obligés de rentrer chacun chez soi parce qu’on a rendez-vous tous les Yéménite avec une autre tempête (la tempête décisive) de l’Arabie saoudite et de ses alliés dont vos pays. Si ces mots sont arrivés à être lus par vous, je me permets donc de vous laisser imaginer un instant notre vie sous les bombardements.

Voici maintenant mon échange sur la situation avec J.

Moi:

Je crois, de mon modeste point de vue , de la géo stratégie française et européenne tombe de Charybde en Scylla.
« Faut-il craindre l’Iran? » bonne question de Courrier International de cette semaine.
Je crains que nous ne refaisions les mêmes erreurs que dans les années 80, après l’invasion de l’Afghanistan par les Soviètiques.
Nous allons continuer à renforcer les sources profondes du djihadisme  (i.e. le wahabisme). Tu me diras que les chiites ne valent pas mieux. Ils présentent cependant deux avantages: le peuple iranien reste le plus éduqué du Moyen orient, et les chiites sont organisés… je pense que, à long terme, c’est mieux pour le business que le Qatar! Et, plus méchamment …., l’histoire plaide plus pour la Perse que pour les Bédouins…  En tout cas , et pour revenir au Yemen, je partage le  point de vue de Abdelmalek,  que le meilleur rempart contre AQPA reste les Houtis. Il faut savoir ce que l’on veut.
Merci de la lecture de mes idées certainement iconoclastes.
Réponse de J.:
L’Iran revient en force sur la scène proche orientale et va peut être retrouver le rôle normal que doit tenir l’ancienne Perse dans la région.
L’Iran chiite, au fond ,semble beaucoup moins dangereuse que le monde sunnite surtout çelui représenté par l’Arabie Saoudite et le Qatar, qui exporte depuis des dizaines d’années une pensée fondamentaliste et qui a créé l’islamisme contemporain (al qaida et consorts…) qui nous pose les problèmes qu’on connaît.
Les Chiites sont les pires ennemis de ces islamistes. Il faut savoir ce que l’on veut.
Mais bien sûr, ces pays du Golfe ont du pétrole et du gaz donc de l’argent et nous devons faire des affaires à court et moyen terme. Ça a marché pendant un certain temps. Aujourd’hui le monde change et il ne faudra pas trop se tromper en politique extérieure
Il faut trouver un équilibre. Çe ne sera pas simple quand on connaît la haine qui existe entre l’Arabie Saoudite et l’Iran. L’Arabie craint la puissance de l’Iran et a toujours considéré les chiites comme des non musulmans.
A suivre….

Chroniques du Shebastan (7) Nouvelles de Abdelmalek

Infographie Yemen 28 mars 2015

INFOGRAPHIE JOURNAL LE MONDE: http://lemonde.fr/proche-orient/visuel/2015/03/27/huit-cartes-pour-comprendre-les-origines-du-chaos-au-yemen_4602929_3218.html

Nous recevons  en date du 2 avril 2015 des nouvelles de Abdelmalek (nom d’emprunt pour protéger son identité, voir Chroniques du Shebastan 6), quelques jours après l’intervention militaire de l’Arabie Saoudite, sous la coiffe d’une coalition sunnite. Des nouvelles d’un ami sous les bombardements; des nouvelles d’un ami qui interpelle l’occident. Je reviendrai sur l’analyse de la situation au Yemen et la représentation que nous nous en faisons en Europe.

Voici le texte d’Abdelmalek:

Sous les bombardements des riches

C’est la fin de la journée à Sana’a. Je me promène dans les rues de mon quartier où la tempête de poussière qui avait attaquée l’Arabie Saoudite, domine. C’est un peu le désert dans ces rues. Pourtant, on peut trouver quelques enfants qui jouent. C’est l’innocence pure qui n’a aucune conscience de sa réalité sauvage. Tant mieux. Ceux-ci profitent de chaque moment pour remplir leur mission dictée par leur âge sans se poser même une questions sur l’instant suivant qui pourrait être dramatique. Des visages souriants qui cherchent à courir vers l’infini. Des passants traversent le terrain de jeux de ces gamins. Ce dérangement de terrain agasse les petits qui envoient des regards de reproche à des passants quasi aveugles qui portent des visages fatigués et dont les dos sont courbés au maximum possible. Les enfants yéménites veulent jouer. Les passants yéménites crient en silence leur tragédie représentée dans le fait d’être yéménite: S’agit-il d’une malédiction d’être né dans ce pays « maudit »? Songeraient-ils?

Je continue à marcher dans ces rues remplies de poussière. J’heurte les regards des gens, des regards intrigués. Je leur souris sans rien dire. Ils me répondent par un sourire humaine profonde, un sourire qui provoque mes larmes malgré moi, un sourire qui me remplit de colère contre la sauvagerie de l’homme, d’autant plus de celle d’un monde moderne qui pense que les droits de l’homme s’arrête aux frontière de ses pays.

Tout l’occident moderne, (l’occident des philosophies humaines les plus jolie, les enfants de l’époque des Lumières) sait très bien que la guerre contre le Yémen représente le sommet de l’injustice. Il le sait mais il ferme les yeux pour le pétrole des Saoudiens et afin de créer un nouveau marché pour leur industrie d’armes. C’est un occident qui s’est habitué à fermer les yeux sur l’assassinat des peuples pour les intérêts. Là, je n’entends pas seulement la politique mais j’entend aussi les peuples hypocrites.

ô l’occident de l’époque des lumières, ô l’occident des droits de l’homme, Heitler n’est jamais mort. Heitler règne toujours chez vous, il n’a fait que changer sa victime. Vous ne faites qu’approuver la pensée de Nietzche. Vous ne faites qu’enraciner l’image de la jungle. Si mes mots sont blessants pour vous, c’est un bon signe qui dirait qu’un jour vous pourriez être touchés pour les gens qui souffrent à l’étranger et peut-être à cause de la politique de vos pays.

Je suis sûr qu’aucun journal dans vos pays de liberté ne peut oser publier ces mots parce qu’ils sont tout simplement écrits par un yéménite, une race inférieure dont le meurtre en masse ne désigne un fait divers pour vous.

Tout ce que je viens d’écrire, était inspiré par la tempête de poussière qui règne dans mon quartier. Maintenant, c’est la tombée du soleil. Les enfants souriants, les passants fatigués et moi furieux, on est obligés de rentrer chacun chez soi parce qu’on a rendez-vous tous les Yéménite avec une autre tempête (la tempête décisive) de l’Arabie saoudite et de ses alliés dont vos pays. Si ces mots sont arrivés à être lus par vous, je me permets donc de vous laisser imaginer un instant notre vie sous les bombardements.

Abdelmalek, Sana’a 2 avril 2015

 

 

 

 

« LA RELIGION EST L’OPIUM DU PEUPLE »

CHRONIQUE DE LA LAÏCITÉ (1)

laicite

« LA RELIGION EST L’OPIUM DU PEUPLE »

Le fait religieux est au cœur de nos cultures, c’est-à-dire de la représentation que nous nous faisons du monde et des autres. Il est constitutif de notre identité collective, que l’on soit croyant en un dieu unique, aux esprits ou bien athée. J’aurais moi-même beaucoup de mal à accepter la disparition du son des cloches rythmant les heures, comme mes amis algériens, pourtant loin de toute pratique religieuse, souffriraient que l’appel à la prière du muezzin quitte leur environnement sonore quotidien. Le rythme de notre quotidien, son paysage sont le résultat d’une longue histoire.

Cependant, notre société a progressivement construit une segmentation entre la sphère publique et la sphère privée. C’est le sens de la laïcité instaurée en République par les lois de séparation de l’église et de l’État (1905). La liberté de conscience est au fondement de nos droits constitutionnels: elle fait que je suis libre de croire ou de ne pas croire. Enfin, l’État s’interdit de subventionner les cultes. (Ça, c’est plus difficile et l’enseignement confessionnel reste subventionné par les pouvoirs publics… avec toutes les questions que cela pose à l’instauration d’une éducation citoyenne de la laïcité; cf. la polémique de ce mois de février sur le lycée privé  Averoes de Lille).

Que constatons-nous depuis quelques années ? Que la religion envahit l’espace et le débat publics. Deux moments sont caractéristiques de cette situation.

2012 2013 : les catholiques réactionnaires, appuyée par la droite ultra-conservatrice et les nostalgiques du pétainisme, occupent la rue sur des questions de politique familiale alors que moins de 5 % des Français fréquentent les églises (1).

2015 : les attentats du 7 janvier mettent en avant l’islamophobie et plus profondément les problèmes de pratiques d’appartenance religieuse des musulmans et des israélites, nonobstant citoyens de la république.

Il y a de mon point de vue envahissement de la sphère publique par les prosélytes de telle ou telle prétention religieuse à l’universalité !

Nous reviendrons spécifiquement dans une prochaine chronique sur le cas de la pratique de l’islam  en France.

Il est temps d’appuyer quelques mesures de bon sens, -quoique provocatrices-:

– à l’école relançons l’enseignement de l’histoire de la géographie comme base de l’instruction civique ;

– développons le service national universel (merci Monsieur le Président…) ;

– partageons entre les religions les lieux de culte propriété des collectivités locales et de l’État.

– appliquons strictement la loi sur les signes religieux dans l’espace public.

Enfin relisons Karl Marx, dans un texte célèbre de 1843, extrait de la « Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel » (2), texte que l’on oublie trop de lire dans son entier:

« La misère religieuse est, d’une part, l’expression de la misère réelle, et, d’autre part, la protestation contre la misère réelle. La religion est le soupir de la créature accablée par le malheur, l’âme d’un monde sans cœur, de même qu’elle est l’esprit d’une époque sans esprit. C’est l’opium du peuple. 

Le véritable bonheur du peuple exige que la religion soit supprimée en tant que bonheur illusoire du peuple. Exiger qu’il soit renoncé aux illusions concernant notre propre situation, c’est exiger qu’il soit renoncé à une situation qui a besoin d’illusions. La critique de la religion est donc, en germe, la critique de cette vallée de larmes, dont la religion est l’auréole. »

Citation éclairante pour analyser le lien entre la misère économique et politique des peuples qui se réfugient dans une illusoire identité religieuse pour exister. Voici , in extinso, la première partie du texte de la « contribution »:

« Pour l’Allemagne, la critique de la religion est finie en substance. Or, la critique de la religion est la condition première de toute critique.

L’existence profane de l’erreur est compromise, dès que sa céleste oratio pro aris et focis (3) a été réfutée. L’homme qui, dans la réalité fantastique du ciel où il cherchait un surhomme, n’a trouvé que son propre reflet, ne sera plus tenté de ne trouver que sa propre apparence, le non-homme, là où il cherche et est forcé de chercher sa réalité véritable.

Le fondement de la critique irréligieuse est celui-ci : l’homme fait la religion, ce n’est pas la religion qui fait l’homme. La religion est en réalité la conscience et le sentiment propre de l’homme qui, ou bien ne s’est pas encore trouvé, ou bien s’est déjà reperdu. Mais l’homme n’est pas un être abstrait, extérieur au monde réel. L’homme, c’est le monde de l’homme, l’État, la société. Cet État, cette société produisent la religion, une conscience erronée du monde, parce qu’ils constituent eux-mêmes un monde faux. La religion est la théorie générale de ce monde, son compendium encyclopédique, sa logique sous une forme populaire, son point d’honneur spiritualiste, son enthousiasme, sa sanction morale, son complément solennel, sa raison générale de consolation et de justification. C’est la réalisation fantastique de l’essence humaine, parce que l’essence humaine n’a pas de réalité véritable. La lutte contre la religion est donc par ricochet la lutte contre ce monde, dont la religion est l’arôme spirituel.

La misère religieuse est, d’une part, l’expression de la misère réelle, et, d’autre part, la protestation contre la misère réelle. La religion est le soupir de la créature accablée par le malheur, l’âme d’un monde sans cœur, de même qu’elle est l’esprit d’une époque sans esprit. C’est l’opium du peuple.

Le véritable bonheur du peuple exige que la religion soit supprimée en tant que bonheur illusoire du peuple. Exiger qu’il soit renoncé aux illusions concernant notre propre situation, c’est exiger qu’il soit renoncé à une situation qui a besoin d’illusions. La critique de la religion est donc, en germe, la critique de cette vallée de larmes, dont la religion est l’auréole. 

La critique a effeuillé les fleurs imaginaires qui couvraient la chaîne, non pas pour que l’homme porte la chaîne prosaïque et désolante, mais pour qu’il secoue la chaîne et cueille la fleur vivante. La critique de la religion désillusionne l’homme, pour qu’il pense, agisse, forme sa réalité comme un homme désillusionné, devenu raisonnable, pour qu’il se meuve autour de lui et par suite autour de son véritable soleil. La religion n’est que le soleil illusoire qui se meut autour de l’homme, tant qu’il ne se meut pas autour de lui-même.

L’histoire a donc la mission, une fois que la vie future de la vérité s’est évanouie, d’établir la vérité de la vie présente. Et la première tâche de la philosophie, qui est au service de l’histoire, consiste, une fois démasquée l’image sainte qui représentait la renonciation de l’homme à lui-même, à démasquer cette renonciation sous ses formes profanes. La critique du ciel se transforme ainsi en critique de la terre, la critique de la religion en critique du droit, la critique de la théologie en critique de la politique. 

En attendant, depuis que je lis Philippe Descola (4) je sais (?!) que ma vision du monde est animiste, car je crois que les arbres et les poissons ont une âme… C’est reposant et pas dangereux du tout.

A SUIVRE DANS UNE PROCHAINE CHRONIQUE SUR LA LAÏCITE…

notes:
1: IFOP: Le catholicisme en France en 2010.
http://www.ifop.fr/media/pressdocument/238-1-document_file.pdf
2: https://www.marxists.org/francais/marx/works/1843/00/km18430000.htm
3: oratio pro aris et focis: (combattre) pour ses autels et ses foyers.
4:Pour moi, l’un des textes les plus importants lu ces dernières années: La Composition des Mondes, P. Descola, ed: Flammarion.

Chroniques du Shebastan (6)

Sana'a oldtaown
Voici l’analyse de la situation au Yemen par mon ami Abdelmalek qui vit et travaille à Sana’a.

Cher amis,
J’espère que vous allés bien. Ici la situation politique a connu une évolution qui n’a abouti qu’à l’aggravation de la situation de la sécurité: le président Hadi a nommé un premier ministre mais les Houthis et leur allié Saleh ne l’ont pas accepté alors que les Houthis l’avaient accepté pendant les négociations selon le parti socialiste. De coup, le chef des Houthis a fait un discours avant hier soir pour dénoncer le président et demander à faire les manifs devant le palais du président pour mettre la pression. Après son discours, le premier ministre qui venait d’être nommé a démissionné mais les Houthis ont voulu continuer à faire les manifs. le lendemain matin, un gas d’al Qaida s’est fait exploser sur la place Tahrir où il y a des gens qui se regroupaient pour aller se manifester dans la rue 70 près du Palais du président. 51 morts envrons où il y des enfants et 150 blessés. En même temps, les gens d’al Gada ont attaqué les casernes et les commissariat à al Bayda dans le sud en essayant de les dominer mais ils n’ont pas réussi en laissant une vingtaine de morts parmis les soldats et les policiers. À Hadramout dans l’est , ils ont tué22 ou 27 soldats. Tout cela en un jour et demi.
Comment je vois la situation? : un retour très important de l’ancien président Saleh qui n’arrête pas de se venger en faisant massacrer les yéménite par les gens d’al Qaida qui lui appartiennent ou par les Houthtis, ses alliés qu’il a aidés à envahir Sanaa. Je sais que cela peut apparaitre contradictoire et léger comme vision. Pourtant, on a une vrai conviction que cette homme dangereux continue à empêcher l’avancement de la situation politique et sécuritaire au Yémen en profitant également de la stupidité et de la corruption des frères musulmans pendant les trois années passés. Aujourd’hui il est très allié avec les Houthis  devant Hadi, le président actuel et s’opposent à toute tentative qui vise la formation d’un nouveau gouvernement selon le dernier accord qui a été signé. Si Sana’a était calme jusqu’à avant hier, ce n’était pas parce que les Houthis ont su contrôler la situation, mais cétait parce que Saleh a calmé le jeu et a retenu son al Qaida pour réorganiser ses cartes dont les Houthis font partie. Tout le monde sait maintenant que c’était Saleh qui a fait tombé Sanaa et que le Houthi  n’est qu’une facade. Saleh est contre le retour d’un état à Sana’a parce qu’il a son projet personnel qui passe aux détriments de tout les Yémenites. Le Houthis aussi a son projet politique et si les deux sont alliés aujourd’hui pour faire tomber Hadi, le président actuel, ils vont faire la guerre entre eux demain pour avoir le pouvoir et la situation sera encore pire. les Houthis ont retiré toutes les armes lourdes de l’ancien général Ali Mohssen vers Sa’ada leur capitale. Les casernes armés qui restent à Sana’a dépendent toujours de Saleh.
Saleh, ce criminel sans précédent, joue avec la carte d’al Qaida et l’utilise actuellement pour mettre fin à l’idée de l’état au Yémen et faire dominer la scène par une guerre religieuse entre al Qaida et les Houthis, ce qui pourrait lui permettre d’affaiblir ces derniers.
l’attaque d’al Qaida indique que les civiles comme il n y a plus de policier, seront toujours leur cible.
Pour les HOuthis leur projet actuel est de faire tomber le président actuel qu’il accuse d’être dépendant de l’extérieur comme il ne les obéit pas. Tout cela mène vers la destruction du Yémen pour avoir des intérêts personnels petits non vivables.  Qu’est-ce qu’on est dominé par des criminels!

J’ai essayé de transmettre un peu l’image comme beaucoup d’amis et de collègues de l’université et moi, nous la voyons.
Sincères amitiés

Abdelmalek

CHRONIQUES ALGÉRIENNES (1)

Cette demie coupole de la mosquée Ketchaoua d’Alger illustre la richesse du patrimoine algérien.OLYMPUS DIGITAL CAMERA
Quel post aujourd’hui? Malgré, ce soir, les effets bénéfiques du blanc d’Aboukir que me sert Hakim, on vit vraiment une époque de m…e! Quel sujet choisir, d’un pessimisme à l’autre?
De retour à l’hôtel, dans les rues d’Alger, nous nous disions entre consultants, vieux routiers de l’Afrique ou encore néophyte de ces mondes différents, autres, que le monde était plus simple à l’époque de la guerre froide. Plus simple, en tout cas plus facile à lire: la boîte de Pandore des identités éthniques et théologiques ne s’était pas tout à fait ouverte, tenue fermée par la lourde dalle des guerres d’indépendance, fédératives des rêves des combattants qui imaginaient une nation libératrice. Aujourd’hui la corruption généralisées des états et de leur nomenklatura, et son corollaire l’extrême pauvreté, ont jeté aux poubelles de l’histoire les idéaux des années 60 et 70. C’est le cas, entre autres, sur le rives de la Méditerranée et de la Mer Rouge.
Alors? Le Shebastan, on en parlera demain: quelques centaines de morts à Sana’a ces derniers jours, mais peut être une sortie de crise; les chiites zaïdis, sur le modèle du Hezbollah, sont les mieux organisés… face à l’ambiguité des Frères Musulmans.
Alger sous le choc, ce matin TOUS mes interlocuteurs sont profondément scandalisés par l’assassinat de notre concitoyen Gourdel. L’image de l’Algérie ne doit pas en pâtir, malgré quelques « « déformations » des médias français, et surtout, pointent mes amis algériens, les excès de certains jeunes issus de l’immigration « qui se trompent en manifestant avec le drapeau algérien lors des matchs de foot ». La balle est dans le camp des forces de sécurité algériennes!
Dans les jours prochains, des manifestations sont prévues en Kabylie pour réaffirmer l’indignation des citoyens de cette région qui cumule, malgré son engagement dans la « guerre de libération », la difficile affirmation de son identité culturelle et la présence dans ses montagnes des gangs « djiadhistes ».
Yemen, Algérie, il n’y a pas d’autre fatalité que celle du hasard des lieux visités au gré des missions. Rencontrons ces gens chaleureux, dont l’hospitalité bien réelle trouve son origine dans la nécessité d’accueillir le voyageur qui vient du désert, et de lui offrir eau, pain et olives au péril d’une vie qui le priverait de poursuivre sa route.
Quelques lecteurs se souviendront de Mazouz et de son accueil à la Rose des Sables dans la sebkha de Timimoun.

Down by the riverside…